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Le Blog

Soundbounce : des balles de tennis pour calmer le bruit

Publié par Joseph SARDIN, le

Résumé

  • Soundbounce est né de l'hypersensibilité au bruit de la designer belge Mathilde Wittock.
  • Le feutre et le caoutchouc des balles de tennis absorbent surtout les médiums et les aigus.
  • Environ 283 balles par mètre carré, coupées, teintes et emboîtées sans colle.
  • Jusqu'à 97 % d'absorption annoncés, mais aucune courbe de mesure publiée.
  • Ses recherches se poursuivent avec des matériaux acoustiques cultivés à partir de racines.

Il y a des objets dont on connaît le son par cœur. Le « pok » d'une balle de tennis frappée en plein cordage en fait partie. Mathilde Wittock a choisi de prendre ces balles qui rebondissent et résonnent, et de leur demander l'inverse : faire taire les pièces dans lesquelles on les installe. Son projet s'appelle Soundbounce. Derrière le clin d'œil du nom, il y a une véritable recherche sur l'absorption acoustique, et c'est elle qui m'intéresse ici.

Une designer hypersensible au bruit

Mathilde Wittock est une designer belge installée à Bruxelles, formée au design industriel puis au biodesign à Central Saint Martins, à Londres. Elle se présente comme écodesigneuse et chercheuse en matériaux. Pourtant, le point de départ de Soundbounce n'est pas d'abord écologique : il est sonore, et très personnel. Dans un entretien accordé au magazine ICON, elle explique que le projet est né de sa propre sensibilité au bruit. Elle se dit « hypersensible au bruit », et a vu dans la balle de tennis une façon d'y répondre.

Pour son mémoire, elle avait imaginé une chaise sensorielle, conçue pour solliciter le toucher, l'odorat, l'ouïe, et la manière dont le corps ressent un espace. Elle a alors travaillé avec un centre accueillant des personnes hypersensibles. C'est en les interrogeant qu'une exigence s'est imposée : le matériau devait aussi absorber le son. Interrogée par le Centre régional d'information des Nations unies, elle rappelle que le design est souvent associé aux yeux, et pose la question : « et s'il était pour les oreilles ? » Elle revendique d'ailleurs la pollution sonore comme son domaine de spécialité.

Pourquoi une balle de tennis absorbe le son

Une balle de tennis, c'est un noyau creux en caoutchouc recouvert d'un feutre, mélange de laine et de nylon, collé très solidement. Pour les filières de recyclage, c'est un casse-tête : le feutre se sépare mal du caoutchouc et ne se recycle pas. Pour un projet acoustique, c'est au contraire un atout. ICON attribue directement les qualités d'absorption de Soundbounce à cette association de caoutchouc et de feutre.

Le principe est celui des absorbants poreux, comme les mousses ou les laines. Quand une onde sonore frappe un matériau fibreux, elle fait vibrer l'air entre les fibres, et ces frottements transforment une petite partie de l'énergie acoustique en chaleur. Plus le matériau est fibreux, plus l'effet est marqué, en particulier dans les médiums et les aigus. Les graves, eux, réclament de l'épaisseur ou de la masse.

La plupart des filières de réemploi broient le caoutchouc et brûlent le feutre. Mathilde Wittock estime que cette transformation dégrade leurs propriétés techniques, alors que la forme et la composition de la balle se prêtent, selon elle, à un usage tactile et acoustique. Elle choisit donc de garder les demi-sphères presque intactes.

Ce que disent les chiffres

Côté performances, plusieurs formulations circulent. Sur sa fiche chez Material Source, MWO Design, le studio de la designer, annonce une absorption pouvant atteindre 97 % du son à certaines fréquences clés. Le descriptif publié lors du Design September de Bruxelles évoque une efficacité sur les moyennes et hautes fréquences. La plateforme MaterialDistrict parle d'une forte absorption sur une large bande de fréquences, en précisant que les résultats varient selon les conditions d'installation. Elle cite comme usages types les bureaux, les bibliothèques, les salles de classe et les espaces publics intérieurs, partout où l'on cherche à réduire la réverbération et à préserver l'intelligibilité de la parole.

C'est cohérent : les consonnes, qui portent l'essentiel de la compréhension de la voix, se situent dans les médiums et les aigus. Un absorbant efficace dans cette zone clarifie une salle bruyante, même s'il laisse passer les basses fréquences.

Je dois cependant être honnête : je n'ai trouvé nulle part de rapport de mesure publié, avec des coefficients d'absorption par bande d'octave, un indice αw ou un NRC, comme on en fournit habituellement pour un panneau acoustique. Le chiffre de 97 % n'est pas accompagné de la fréquence concernée. MaterialDistrict indique que la designer collabore avec des universités sur la recherche en matériaux et en acoustique, et la technologie fait l'objet d'une demande de brevet. Des courbes détaillées seraient précieuses pour les acousticiens qui voudraient la prescrire.

283 balles par mètre carré, et pas une goutte de colle

La fabrication est presque entièrement manuelle. Les balles, données par des clubs, sont coupées à la main le long de la ligne blanche, débarrassées de leur logo, puis teintes avec des colorants écologiques. Elles sont ensuite insérées dans des cadres percés, sans colle ni fixation. Chaque mètre carré utilise environ 283 balles, ce qui représente, selon la designer, l'équivalent de 8,5 kg de CO2 valorisés. Chaque balle fonctionne comme un pixel : on peut composer des motifs, et même teinter dans des couleurs RAL sur demande.

La collection compte une chaise longue, des paravents, des bancs et des panneaux muraux, et le matériau peut aussi habiller plafonds et surfaces courbes. D'après CNN, une chaise longue nécessite environ 500 balles et trois à quatre semaines de travail. En octobre 2025, Mathilde Wittock a même conçu les bancs des joueurs de l'European Open de tennis de Bruxelles, avec des balles récupérées dans des clubs bruxellois et wallons, découpées par une entreprise de travail adapté.

L'absence de colle n'est pas un détail. Elle permet de démonter le panneau, de remplacer une balle, de changer un motif, et surtout de renvoyer les coques en fin de vie vers le broyage, pour en faire des sols amortissants d'aires de jeux.

Un gisement sonore de 300 à 400 millions de balles

Les chiffres varient selon les sources, entre 300 et 400 millions de balles produites chaque année dans le monde, dont environ 1 % seulement serait recyclé. Mathilde Wittock, elle-même joueuse, rappelle qu'une balle demande une vingtaine d'étapes et cinq jours de fabrication, pour ne durer qu'environ neuf jeux au niveau professionnel, le temps que la pression interne chute. La Fédération de tennis de Wallonie-Bruxelles lui a confié tout son stock, environ 100 000 balles, de quoi tenir près de neuf mois de production.

Après la balle, la racine

Soundbounce n'est pas une expérience isolée. Avec Soundwall, présenté à l'University of the Arts London, Mathilde Wittock a développé des dalles acoustiques cultivées à partir de racines de graminées à croissance rapide. Ces dalles, à la texture proche d'une mousse, absorbent elles aussi les moyennes et hautes fréquences, et leurs reliefs reproduisent des motifs de fréquences sonores. Elle dit vouloir constituer une équipe de chercheurs en science des matériaux et de designers, pour développer des solutions acoustiques sensorielles et écologiques pour les intérieurs.

Ce projet rejoint une tendance que je suis de près sur ce blog : celle des matériaux acoustiques issus de ce que l'on jetait. J'en parlais avec la laine de mouton qui fait taire les open spaces, ou avec la vaisselle silencieuse QUIET en restauration collective. Et si vous vous demandez pourquoi une pièce vide sonne autant, relisez pourquoi une chambre rangée « résonne ».

Un matériau qui s'écoute aussi avec les doigts

Moi qui passe une bonne partie de mon temps à faire du bruit avec des objets, j'aime l'idée inverse : un objet sonore par excellence, détourné pour apporter du calme. Soundbounce a pour lui une approche sensorielle, une logique circulaire et une base physique solide. Il lui manque encore, publiquement, des mesures détaillées pour convaincre les acousticiens. On peut espérer que les collaborations universitaires de la designer les rendront bientôt accessibles.

Et vous, accepteriez-vous de vous asseoir sur 500 balles de tennis, ou d'en couvrir le mur de votre salon pour gagner en confort acoustique ? Dites-le-moi en commentaire.

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- Joseph SARDIN - Fondateur et Sonothécaire de BigSoundBank.com et LaSonotheque.org - Contact