Avez-vous remarqué que le chiffre 3 ressemble à une oreille ? Ce n'est pas un hasard si l'Organisation mondiale de la Santé a choisi le 3 mars pour célébrer chaque année la Journée mondiale de l'audition. Depuis 2007, cette campagne a pour objectifs de partager de l'information et de promouvoir des actions en faveur de la prévention de la perte auditive, ainsi que d'améliorer la santé auditive à l'échelle mondiale. Chaque édition porte un thème différent, signe que le sujet est vaste et que les angles d'attaque ne manquent pas.
Une journée, une oreille, un message
Chaque année, l'OMS sélectionne un thème spécifique pour aborder différents aspects de la santé auditive. Au fil des éditions, on a ainsi mis en avant la prévention du bruit en milieu récréatif, l'accès aux soins pour tous, la nécessité de changer les mentalités face à la surdité, ou encore l'importance du dépistage précoce. En 2022, par exemple, la campagne "Pour entendre à vie, ménageons notre audition !" a introduit une norme mondiale pour une écoute sans risque dans les lieux et manifestations de divertissement. Des thèmes qui, pour quelqu'un qui travaille dans le son, résonnent forcément de manière particulière.
2026 : l'enfance au cœur du débat
Cette année, le message de l'OMS est clair et ciblé. Le thème retenu est "De la communauté à l'école : des soins auditifs pour chaque enfant". Derrière cette formule se cache une réalité préoccupante : près de 90 millions d'enfants et d'adolescents âgés de 5 à 19 ans vivent avec une perte auditive dans le monde. La plupart ne bénéficient ni de diagnostic ni de traitement, notamment dans les pays à faibles ressources.
Ce qui rend la situation d'autant plus frustrante, c'est que selon l'OMS, 60 % de ces pertes peuvent être évitées grâce à des mesures simples telles que la vaccination, le dépistage néonatal, le traitement des otites ou la protection contre le bruit. Autrement dit, une grande partie du problème est soluble, à condition d'agir tôt.
L'école comme point de bascule
Les écoles sont identifiées comme des points d'entrée stratégiques pour sensibiliser, dépister et orienter les enfants. C'est là que tout se joue, souvent sans que personne ne le sache. Une perte auditive non détectée chez un enfant peut ressembler à de l'inattention, de l'agitation, voire à des difficultés scolaires inexpliquées. Une surdité non traitée peut provoquer de l'isolement, de l'agressivité, un manque d'attention, des signes que les parents et les enseignants attribuent parfois à tort à d'autres causes.
Les causes courantes de perte auditive chez l'enfant, comme l'otite moyenne avec épanchement, l'otite chronique suppurée ou les bouchons de cérumen, sont fréquentes mais traitables. Si elles ne sont pas prises en charge, elles peuvent avoir un impact significatif sur la parole, le langage et le développement cognitif et social, conduisant souvent à une baisse des résultats scolaires et des désavantages économiques à long terme.
Un enjeu qui dépasse la médecine
Pour quelqu'un qui travaille avec le son au quotidien, cette journée prend une dimension particulière. L'audition n'est pas qu'un sens parmi d'autres : c'est le lien entre un individu et le monde sonore qui l'entoure, entre un enfant et la voix de ses parents, entre un élève et la voix de son enseignant. L'audition joue un rôle clé dans la communication, l'éducation, l'emploi et le bien-être, et pourtant on estime qu'à l'échelle mondiale, plus de 1,5 milliard de personnes souffrent d'une perte auditive, un chiffre qui pourrait atteindre 2,5 milliards d'ici 2050.
La campagne vise à faire des enseignants, professionnels de santé et familles des points relais pour repérer les premiers signes et orienter les enfants vers les services adaptés. C'est une approche de terrain, ancrée dans le quotidien, et c'est sans doute pour cela qu'elle me semble juste.
Ce que chacun peut faire
L'OMS encourage chacun à prendre des mesures pour protéger son ouïe des bruits forts, à vérifier régulièrement son audition, à utiliser des appareils auditifs si nécessaire, et à soutenir les personnes souffrant d'une perte auditive. Des gestes simples, parfois évidents, mais qu'on a tendance à repousser. On n'attend pas d'avoir mal aux dents pour aller chez le dentiste, pourtant on attend souvent des années avant de consulter pour une baisse d'audition.
Les sons inférieurs à 80 dB sont généralement sans danger. Pour ceux qui n'ont pas d'application de mesure sonore, un indicateur simple existe : si vous devez parler fort pour être entendu de quelqu'un qui se trouve près de vous, le niveau sonore ambiant est probablement trop élevé. Dans les concerts, les studios, sur les plateaux, cette règle vaut autant pour les professionnels du son que pour n'importe quel auditeur.
Et vous, avez-vous déjà fait contrôler votre audition, ou comme beaucoup, continuez-vous à remettre ce rendez-vous à plus tard ?