Les disques en chocolat Stollwerck, de 1903
Publié par Joseph SARDIN, le
Résumé
- En 1903, le chocolatier allemand Stollwerck lance des disques en chocolat et un petit phonographe pour les lire.
- L'idée de Ludwig Stollwerck découle de ses liens avec Thomas Edison.
- Un appareil fragile, un son médiocre et un échec commercial.
- Le Phono Museum de Paris présente un de ces disques.
- Un musée à visiter, à Pigalle.
Il y a quelques jours, je suis tombé sur une vidéo publiée sur Instagram par le Phono Museum de Paris, en collaboration avec Culture Prime et France Musique. Il y était question d'un objet qui semble tout droit sorti d'une fable : un disque en chocolat, signé Stollwerck. Un vrai disque qu'on pouvait écouter sur un phonographe, puis croquer. J'ai voulu en savoir plus, et l'histoire vaut le détour.
Un chocolatier ami d'Edison
Tout commence à Cologne, chez Stollwerck, une chocolaterie fondée en 1839 et devenue l'un des géants allemands de la confiserie. À sa tête, Ludwig Stollwerck (1857-1922) est un entrepreneur passionné par les nouvelles technologies. Il avait déjà installé des milliers de distributeurs automatiques de chocolat en Allemagne. En 1895, il fonde à Cologne la Deutsche Edison Phonographen Gesellschaft, avec Thomas Edison lui-même, pour distribuer le phonographe en Allemagne.
Le chocolatier se retrouve ainsi avec, d'un côté, l'une des machines les plus fascinantes de son époque et, de l'autre, une usine capable de mouler à peu près n'importe quoi en chocolat. À partir de 1903, Stollwerck commercialise donc ce que l'entreprise appelle le « chocolat parlant ».
Un phonographe de poche
Les premiers appareils, fabriqués fin 1903, sont en fer-blanc lithographié. Ils mesurent environ 21 cm de haut, pavillon compris, et leur plateau ne dépasse pas 7,6 cm de diamètre. Un petit mouvement d'horlogerie Junghans fait tourner le disque, et une pointe en verre suit le sillon. Les collectionneurs ne sont pas tendres avec cet appareil : moteur bruyant et peu puissant, son médiocre, pointe qui casse facilement.
En France, la même machine est vendue par Kratz-Boussac sous le nom « Eureka », sans aucune mention de Stollwerck.
Mais que lisait-on vraiment ?
C'est là que les sources divergent un peu. Certains collectionneurs parlent de disques en chocolat comestibles, gravés directement dans la masse. Selon le Science Museum de Londres, le sillon était en fait gravé sur la feuille d'aluminium qui enveloppait le chocolat. Dans les deux cas, le principe reste le même : on écoute, puis on mange.
D'après le Science Museum, l'ensemble était vendu comme cadeau de Noël pour les enfants, et chaque disque en chocolat était accompagné d'un disque en cire, pour continuer à écouter la chanson une fois le chocolat dégusté. Le musée londonien conserve d'ailleurs un de ces phonographes daté de 1903. Il ne reste que le disque en cire, qui contient l'air militaire « British Grenadiers ». Le chocolat, lui, a probablement été mangé par son premier propriétaire.
Stollwerck a aussi produit des disques en « karbin », une cire non comestible, puis, en 1904, un modèle plus robuste. Ce phonographe avait un socle en bois, une pointe en saphir et des disques d'environ 12 cm en aggloméré de bois recouvert d'une couche cireuse. Ces disques ne cassaient pas, mais leur surface gravée finissait par s'écailler. Seuls 5 000 exemplaires de ce modèle ont été vendus, et Stollwerck a abandonné le phonographe pour revenir au chocolat. La production n'aura duré qu'environ deux ans.
Le Phono Museum, une adresse à retenir
Très peu de ces disques sont parvenus jusqu'à nous. Le Phono Museum de Paris présente justement un disque en chocolat Stollwerck, au milieu d'une collection impressionnante. Ce musée a été ouvert en septembre 2014 au 53, boulevard de Rochechouart, dans le 9e arrondissement, par Jalal Aro, collectionneur et spécialiste des phonographes. Il est géré par l'association Phonoplanète et fonctionne grâce à des bénévoles.
On y découvre environ 300 machines, toutes en état de marche. Le parcours va des premiers dispositifs d'enregistrement de 1857 jusqu'au MP3, en passant par les phonographes à cylindre, les gramophones à pavillon, les magnétophones et les lecteurs CD. Le musée se trouve au pied de Montmartre, entre la Cigale et le Trianon. Il est en général ouvert le vendredi et le dimanche de 10 h à 18 h, et les autres jours sur rendez-vous. Avant d'y aller, pensez à vérifier les horaires et les tarifs sur le site du Phono Museum. Le prix de l'entrée sert surtout à payer le loyer : chaque visite aide donc concrètement ce lieu à rester ouvert.
Si vous aimez ce genre de curiosités, mon dossier sur le tourisme sonore et les curiosités acoustiques devrait vous donner d'autres idées de visites.
Pour prolonger le voyage
Le disque en chocolat n'est qu'un épisode parmi des dizaines d'inventions, de réussites et d'impasses dans l'histoire du son. Si vous voulez la suivre depuis le début, j'ai rédigé un dossier complet sur l'histoire du son enregistré. J'ai aussi tenté de cerner ce que veut vraiment dire « enregistrement sonore ».
Et parce que les objets disparaissent aussi avec leurs sons, je collectionne de mon côté le cliquetis des machines d'autrefois dans mon Musée des Sons Disparus. Le Phono Museum conserve les appareils, et moi j'essaie de garder la trace de leurs sons.
Et vous, connaissiez-vous ces disques que l'on pouvait manger ? Avez-vous déjà visité le Phono Museum, ou un autre musée du son qui vous a marqué ?
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- Joseph SARDIN - Fondateur et Sonothécaire de BigSoundBank.com et LaSonotheque.org - Contact