Si le son existe depuis les vibrations primordiales de la matière, il y a des milliards d'années, ce sont les premiers êtres vivants qui ont pu en profiter, dont les dinosaures.
Ensuite, nos ancêtres ont utilisé ces vibrations pour appréhender leur monde, communiquer et se divertir. Les humains ont alors créé la parole et fait de la musique.
Cette histoire peut être divisée en quatre périodes principales :
- L'ère acoustique (avant 1925)
- L'ère électrique (1925-1945)
- L'ère magnétique (1945-1975)
- L'ère numérique (de 1975 à aujourd'hui)
Comme bon preneur de son, c'est depuis l'évocation du premier enregistrement que le son est devenu vraiment intéressant, lorsqu'il est devenu une matière, réécoutable, malléable puis transmissible.
C'est cette "Histoire du son" que je vais vous raconter au travers de quelques dates importantes.
En dates
1552 - Évocation de paroles dégelées
François Rabelais, écrivain français, évoque dans son roman "Quart-Livre", des paroles gelées, puis dégelées.
"Alors gelèrent en l’air les paroles et cris des hommes et femmes, les chocs des masses d’armes, les heurts des armures, des cuirasses, les hennissements des chevaux, et tout l’effroi d’un combat. Aujourd’hui, la rigueur de l’hiver passée, avec la sérénité et la douceur du beau temps, elles fondent et sont entendues. [...] Il nous jeta alors sur le pont de pleines mains de paroles gelées, qui ressemblaient à des dragées perlées de diverses couleurs. Nous y vîmes des mots rouges, des mots verts, des mots azur, des mots noirs, des mots dorés. Lesquels, étant quelque peu échauffés entre nos mains, fondaient, comme de la neige, et nous les entendions réellement. [...] Je voulais mettre en réserve quelques mots de gueule dans l’huile comme l’on garde la neige et la glace, et dans de la paille bien propre. Mais Pantagruel ne le voulut pas, en disant que c’est une folie de mettre en réserve ce dont on ne manque jamais et qu’on a toujours en main." - François Rabelais
1650 - Évocation d'un système proche des baladeurs
Cyrano de Bergerac, écrivain français, suggère dans son livre "les États et Empires de la Lune" (publié en 1657), un système proche des baladeurs, employé à l'écoute de livres enregistrés.
"À l'ouverture de la boîte, je trouvais dedans un je ne sais quoi de métal quasi tout semblable à nos horloges, plein d'un nombre infini de petits ressorts et de machines imperceptibles. C'est un livre à la vérité, mais c'est un livre miraculeux qui n'a ni feuillets ni caractères ; enfin c'est un livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles ; on a besoin que d'oreilles. Quand quelqu'un donc souhaite lire, il bande, avec une grande quantité de toutes sortes de clefs, cette machine, puis il tourne l'aiguille sur le chapitre qu'il désire écouter, et au même temps il sort de cette noix comme de la bouche d'un homme, ou d'un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l'expression du langage." - Cyrano de Bergerac
1856 - Pantélégraphe
Giovanni Caselli met en place le premier prototype concluant du "Pantélégraphe". Ce procédé permettait la reproduction ligne par ligne, à distance par télégraphie, d'un dessin fait avec un crayon spécial sur un support spécial.
Bien que non sonore, puisque visuelle, c'est la première apparition de la notion d'échantillonnage, qui ouvrira la voie à la télévision, mais aussi à l'enregistrement sonore.
En effet, c'est grâce à cette notion que le son va pouvoir être simplifié pour faciliter son stockage, plus d'une centaine d'années plus tard.
1857 - Le phonautographe
Le français Édouard-Léon Scott de Martinville fut l'inventeur du premier appareil à écrire le son : le phonautographe. Techniquement, il s'agit d'un petit rouleau en rotation, recouvert de noir de fumée, sur lequel un stylet écrit la vibration du son émis dans un cornet. Totalement graphique, il était donc impossible de réécouter ces enregistrements, à son époque.
1860 - Le premier enregistrement de l'Histoire
Édouard-Léon Scott de Martinville enregistre "Au clair de la lune" sur son phonautographe, le 9 avril 1860. Donc, en plus d'être le premier de l'Histoire à enregistrer un son, il est aussi celui à avoir réalisé le plus vieil enregistrement préservé (il a probablement fait quelques essais plus anciens, mais ils ont disparu). Ce n'est qu'en 2008 qu'une équipe de chercheurs a réussi à lire cet enregistrement, dont voici une écoute :
1877 - Premier appareil de reproduction des sons
Le français Charles Cros décrit à l'Académie des sciences le principe d'un appareil de reproduction des sons : le "paléophone". Son document suggère que les vibrations sonores peuvent être gravées dans du métal à l'aide d'un stylet.
Quelques mois plus tard, le "phonographe" de Thomas Edison grave les sonorités captées sur un cylindre en étain. Celui-ci grave "en profondeur", c'est-à-dire que les modulations s'enfoncent, plus ou moins, dans l'étain. Il s'agit du premier appareil à pouvoir enregistrer et restituer un son. En effet, le passage d'une aiguille sur le sillon gravé fait vibrer un diaphragme, permettant de restituer faiblement le son enregistré.
1878 - Le microphone à charbon
Invention du microphone à charbon. Initialement utilisé dans la téléphonie, David Edward Hughes, Thomas Edison et Émile Berliner revendiquent tous les trois, indépendamment, l'invention du principe.
1887 - Le disque plat
Émile Berliner, savant allemand installé aux États-Unis, met au point le disque plat, en zinc dans un premier temps. De 24 ou 30 cm de diamètre, tournant à 78 tours par minute, un tel disque ne peut enregistrer que 3 à 5 minutes de son. Il l'appellera le "gramophone". Ce procédé est le premier à graver "latéralement", ce qui est bien plus fidèle. Ce support facilite le rangement, et surtout la reproduction en masse.
1898 - Le fil magnétique
Le Danois Valdemar Poulsen invente le "Télégraphone" : premier système d'enregistrement sonore sur fil magnétique ; il montra son invention à l'Exposition universelle de Paris en 1900.
1899 - Le fonds d'archives sonores
La "Phonogrammarchiv" est créée par l'Académie autrichienne des sciences. Il s'agit du plus ancien fonds d'archives sonores du monde, enregistrant à l'origine les voix de poètes germanophones à l'aide de phonographes.
1900 - TSF
Le 23 décembre 1900 a lieu la première transmission sans fil (TSF) de la voix humaine par l'ingénieur canadien Reginald Fessenden.
1904 - Premiers disques double face
Commercialisation des premiers disques double face par le label Odeon.
1906 - Triode
Invention de la "triode" et du premier amplificateur électronique par l’inventeur américain Lee De Forest.
Nommée "Audion" par son inventeur, puis "triode" par William Eccles, puis "lampe", ce tube à vide est un composant électronique actif qui ouvre la voie à l'utilisation de l'électricité dans le domaine du son.
1910 - Diamètre des disques
Normalisation du diamètre des disques : 30 cm pour les grands, 25 cm pour les petits.
1919 - Première station de radio
À Montréal, première station de radio (la XWA) à diffuser du contenu selon un horaire régulier.
1920
Stéréophonie
L'Américain Samuel Waters brevète un procédé stéréophonique. L'idée était de réaliser deux sillons, devant être lus par deux têtes de lecture séparées.
Microphones dynamiques
Dans cette décennie, il a été développé le micro dynamique (ou à "bobine mobile").
Enregistrement optique
Lee De Forest et Theodore Willard Case ébauchent le procédé d'enregistrement optique du son, directement sur une bobine de film : le "Phonofilm". De qualité médiocre à ses débuts, ce procédé ne sera pas utilisé avant quelques années.
Diffusion “par fil”
Le scientifique George Owen Squier dépose un brevet pour un système de transmission et de diffusion de musique sur des lignes électriques domestiques.
1925
L'électrification
L'électrification des procédés permet le remplacement de la rotation manuelle par l'utilisation de moteurs, et l'utilisation de l'électricité comme moyen de transmission du son.
Le microphone
L'avènement de l'électronique dans les années 1920 permet aussi les premières captations au moyen de microphones, qui transforment les ondes sonores en signal électrique analogique.
Vitesse de rotation des disques
Généralisation de la vitesse de rotation du disque, qui est fixée à 78 tours par minute.
1926 - Disque synchronisé à l'image
Le Vitaphone est développé par l'entreprise Western Electric. Il s'agit d'un disque synchronisé avec l'image d'un film ou d'un court-métrage. Ce disque de 16 pouces (41 cm) de diamètre tournant à 33 tours/minute permettait une durée de lecture de 11 minutes correspondant à la durée d'une bobine de film standard de 300 mètres (1 000 pieds) projetée à 24 images/minute.
1927
Premier film parlant
Le premier « film parlant » officiellement reconnu est généralement Le Chanteur de jazz (The Jazz Singer), sorti en 1927 chez Warner Bros et réalisé par Alan Crosland. Ce long métrage utilise le procédé Vitaphone (son sur disque) pour proposer, pour la première fois, des séquences de dialogues synchronisés aux lèvres de l’acteur Al Jolson, en plus de la musique et des chansons, ce qui marque symboliquement le basculement de l’ère du muet vers celle des talkies.
1928
Magnétophone
Invention du magnétophone, remplaçant le fil magnétique par une bande. Le montage se faisait à l'aide de ciseaux et d'adhésif. L'industrialisation arrivera en 1935.
Microphones électrostatiques
Invention, aussi, du premier "microphone électrostatique", qui ne deviendra prédominant qu'en 1949.
1931 - Microphone à ruban
Invention du "microphone à ruban".
1935 - Magnétophone
Le premier magnétophone réellement industrialisé et marquant (AEG Magnetophon).
1947 - Le transistor
Invention du "transistor" par les Américains John Bardeen, William Shockley et Walter Brattain, chercheurs des Laboratoires Bell. Il s'agit d'un composant électronique qui remplacera les "lampes" dans bien des cas. Les avantages : beaucoup moins cher, plus petit, plus léger et plus robuste, fonctionnant avec des tensions faibles, autorisant une alimentation par piles, il fonctionne presque instantanément une fois mis sous tension. L'utilisation attendra 1954 dans les radios, puis les ordinateurs.
Inventé en même temps, mais indépendamment, par les physiciens allemands Herbert Mataré et Heinrich Welker.
1948 - Le 33 tours
Lancement du microsillon 33 tours dans l'industrie musicale.
1949 - Le 45 tours et théorème de Shannon
Lancement du microsillon 45 tours.
Mais aussi : sur la base des travaux de Harry Nyquist en 1948, l'Américain Claude Shannon pose les bases du théorème d'échantillonnage, ou "théorème de Shannon", chez Bell Laboratories.
Bien que ces travaux aient pris son nom, des résultats similaires et indépendants ont été réalisés en 1915 par Edmund Taylor Whittaker (au Royaume-Uni), en 1933 par Vladimir Kotelnikov (en Union soviétique), en 1939 par Herbert Raabe (en Allemagne), en 1949 par Someya (au Japon).
Bien qu'obscurs pour un néophyte, ces travaux ont permis d'énoncer que "l’échantillonnage d'un signal exige un nombre d'échantillons par unité de temps supérieur au double de l'écart entre les fréquences minimale et maximale qu'il contient".
Après les travaux de Giovanni Caselli en 1856, c'est une avancée majeure pour la numérisation d'un son.
1955 - Multipiste
Ampex fabrique le premier magnétophone à deux pistes (multipiste).
Dower Blumlein et la société EMI développent l'enregistrement stéréophonique sur un seul sillon.
1956
IBM dévoile au public le premier disque dur informatique de l'Histoire. Ces 50 disques magnétiques sont lus par une tête qui se déplace mécaniquement. La première référence commerciale, le RAMAC 305 d'IBM, était un meuble d'1 tonne, avait une capacité de 5 Mo et était vendu 50 000 $, soit 10 000 $ par Mo.
Encore très utilisé de nos jours, le prix d'un disque dur HDD avoisine maintenant les 0,00001 $ par Mo...
1958
Sortie commerciale du premier disque stéréophonique.
1963
Invention de la Compact Cassette par Philips, à Berlin, couramment appelée « cassette audio ».
1976
Le premier enregistrement numérique est réalisé par l'entreprise étasunienne Soundstream et leur prototype d'enregistreur à deux canaux 37 kHz, 16 bits.
Dans cette même décennie s'ensuivra beaucoup d'essais, notamment de la part de Sony et Philips, pour définir les normes. Sony choisit d'enregistrer sur cassettes vidéo magnétiques avec ses adaptateurs "PCM".
Sans avoir encore établi de normes techniques, les fréquences d'échantillonnage propriétaires variaient entre 32 et 50 kHz.
1979
Sony invente le Walkman, premier appareil portatif permettant d'écouter des cassettes en tous lieux.
Décennie 1980
Le "Compact Disc" (CD)
Le "Compact Disc" (CD) est mis en place par Sony et Philips, normalisé puis commercialisé.
Sur la base des travaux de Claude Shannon et consorts, le choix de la fréquence d'échantillonnage reprend l'idée qu'il faut deux fois la plus grande fréquence présente dans le signal. L'oreille humaine pouvant entendre jusqu'à 20 000 Hz, il faudra une fréquence d'échantillonnage minimum de 40 000 Hz.
Le choix du format CD est défini : une fréquence d'échantillonnage de 44 100 Hz avec une résolution de 16 bits.
Depuis, d'autres fréquences d'échantillonnage ont aussi vu le jour : le 48 kHz pour l'audiovisuel, le 96 kHz pour les audiophiles ou même le 192 kHz pour les studios.
De nouvelles résolutions sont aussi apparues grâce à l'évolution de l'informatique, telles que le 24 bits, le 32 bits et même le 64 bits, à virgule flottante.
DAW
Cubase (en 1989) et Pro Tools (1991) sortent parmi les premiers logiciels d'enregistrement et de montage multipiste audio. En effet, avant ça, les logiciels permettaient de ne manipuler que le format MIDI.
Décennie 1990
Logiciel d'édition musicale
La société OSC sort DECK : le premier logiciel d'édition musicale, sur Mac.
MP3
Parution des premiers travaux sur le format MP3. C'est entre 1990 et 1995 que ces travaux ont le plus avancé. Il s'agissait de normaliser un format de compression audio permettant une réduction importante de la taille du flux de données audio, tout en conservant une qualité de restitution jugée acceptable.
Suivi de près par les formats OGG Vorbis, AAC, etc., c'est la première fois que sont démocratisés des formats d'enregistrement audio de moins bonne qualité que les précédents.
Très peu utilisé par les professionnels du son, c'est pourtant un format très courant dans la version finale d'une œuvre sonore : musiques et podcasts en tête. En effet, pour stocker ou diffuser un fichier audio, la faible taille des MP3 permet un bon compromis taille/qualité.
SSD
SanDisk sort le premier SSD en 1991 : un support de stockage de masse, numérique, sans disque et sans partie mécanique.
1999
Napster est lancé par Shawn Fanning et Sean Parker, révolutionnant l'industrie musicale en popularisant le partage de fichiers MP3. Cette plateforme permettait aux utilisateurs d'échanger des milliers de chansons gratuitement, en contournant les circuits traditionnels de vente de musique. Napster a provoqué une immense controverse dans l'industrie, entraînant des procès intentés par de nombreux artistes et des maisons de disques. En 2001, sous la pression juridique, Napster ferme, mais il a profondément modifié la manière dont la musique est distribuée et consommée, ouvrant la voie aux services de streaming actuels.
Décennie 2000
Le MP3 s'impose dans l'audio grand public. En effet, léger, ce format numérique est idéal pour transiter sur le réseau internet.
Depuis
La technologie a beaucoup, beaucoup, beaucoup évolué, mais aucune grande invention n'a vraiment impacté l'Histoire du son. Cependant, il est possible de citer quelques avancées importantes, difficiles à dater :
- La généralisation des services de streaming
- L'arrivée des consoles numériques
- Les prémices de l'intelligence artificielle dans le domaine du son
- Etc.
Ressources
- Le PHONO Museum de Paris : ouvert en 2014, ce musée parisien relate plus de 165 ans d'histoire du son enregistré.
- La Cinémathèque française propose une version en ligne de son incroyable collection d'appareils liés au cinéma et au son.
- Le livre "Les fous du son" de Laurent de Wilde : essai très intéressant qui relate l'histoire des technologies relatives au son, mais surtout du synthétiseur électronique et modulaire.
Conclusion
Ce dossier est encore en cours d'écriture. Merci de me contacter si vous avez la moindre suggestion ou précision à apporter.