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Le Blog

Bad Block : le théâtre des objets sonores

Publié par Joseph SARDIN, le

Résumé

  • Spectacle hybride mêlant arts sonores, numériques, marionnette et magie nouvelle.
  • Un acousmonium interactif de 104 haut-parleurs cubiques baptisés « blocks ».
  • La moitié des blocks est confiée aux 50 spectateurs, qui deviennent acteurs.
  • Conçu par Céline Garnavault et Thomas Sillard, créé en octobre 2024 à Bordeaux.
  • Une réflexion sur l'âme des objets et le renversement de l'anthropocentrisme.

Il y a des spectacles qu'on regarde, et il y en a qu'on tient dans le creux de la main. Bad Block appartient à la seconde catégorie. Imaginé par Céline Garnavault et Thomas Sillard, à la tête de la compagnie bordelaise La Boîte à sel, ce spectacle créé en octobre 2024 lors du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole transforme le public en orchestre. À l'arrivée dans la salle, chaque spectateur reçoit un cube translucide. Il s'allume, clignote, bruisse, puis chuchote. Bienvenue dans l'univers des blocks.

Un acousmonium pas comme les autres

Le dispositif est inédit : 104 haut-parleurs cubiques disséminés dans l'espace, certains perchés sur des pieds à différentes hauteurs, d'autres confiés au public. Cinquante-deux blocks pour cinquante spectateurs, plus une cinquantaine d'autres qui forment, autour de l'assemblée, une véritable forêt d'amplis. La compagnie revendique le terme d'acousmonium interactif, en référence à ces orchestres de haut-parleurs imaginés par François Bayle pour la musique concrète, mais avec une différence de taille : ici, l'auditoire n'écoute pas, il joue.

Techniquement, ces blocks sont l'aboutissement de plusieurs années de recherche menée par Thomas Sillard, plasticien sonore et créateur du dispositif. Ce sont des objets connectés sans fil, lumineux, sensibles aux mouvements, capables de dialoguer entre eux et avec le public. La compagnie précise qu'aucune intelligence artificielle n'intervient dans le système : tout repose sur de la programmation, des capteurs et un réseau radio piloté en régie. Pour qui s'intéresse aux installations sonores artistiques et à la spatialisation, la prouesse vaut le détour.

De Block à Bad Block, une généalogie sonore

Ces cubes ne sont pas nés ex nihilo. Ils ont été conçus pour Block, le précédent spectacle de la compagnie, destiné au jeune public dès trois ans, qui mettait en scène une cheffe de chantier confrontée à 60 cubes mutins. Le succès aidant, Céline Garnavault et Thomas Sillard ont rêvé d'un « blockbuster » pour adolescents et adultes, où la technologie serait poussée plus loin et le public, cette fois, intégré au dispositif. Bad Block est le résultat de cette montée en puissance : durée 1h30, jauge 50 personnes, à partir de 15 ans.

Sur scène, un seul interprète : Mathieu Enderlin, maître de cérémonie facétieux, qui suggère, taquine, guide la chorégraphie sonore improvisée. À ses côtés, l'équipe artistique réunit Matthias Sebbane pour la collaboration marionnettique, le musicien québécois Frédéric Lebrasseur pour la collaboration musicale, et toute une constellation de voix françaises enregistrées par Jérôme Thibault, Stéphanie Cassignard, Hadrien Rouchard et Anne Charneau. Le texte intègre même un extrait d'Antigone de Sophocle, dans la traduction de Florence Dupont.

Les objets ont-ils une âme ?

La question affleure rapidement. Quand un block se met à parler dans votre main, qu'il répond à un voisin, qu'il vous fait répéter une réplique de tragédie grecque, quelque chose bascule. On commence à le considérer comme un partenaire. La note d'intention du spectacle s'appuie d'ailleurs explicitement sur l'essai d'Emanuele Quinz, « Le comportement des choses » (2021), qui interroge ce moment où l'artifice semble devenir nature, où un objet inanimé suggère d'autres possibilités d'existence. Bad Block s'inscrit dans ce renversement de l'anthropocentrisme : décentrer le regard, écouter ce qui vit autour de nous, y compris dans une boîte de plastique de quelques centimètres de côté.

Le rapprochement avec la marionnette n'est pas anodin. La marionnettiste sait que l'objet prend vie quand le manipulateur lui prête une attention, un souffle, une intention. Les blocks fonctionnent sur un principe voisin, mais inversé : ce sont eux qui sollicitent l'humain, qui réclament un geste, une écoute, une présence. La technologie y revêt sa part de mystère et de magie, comme l'évoquent les concepteurs eux-mêmes.

Le son comme matière partagée

Ce qui m'intéresse particulièrement dans cette proposition, c'est la place laissée à l'improvisation et à la rencontre. Le son n'est plus diffusé depuis une régie unique vers un public passif : il circule, se déplace physiquement, change de main, se transforme selon ce que chacun en fait. C'est une forme de partition collective où les spectateurs deviennent à la fois interprètes et auditeurs. Une cousine éloignée, dans l'esprit, de propositions comme Au coin de ma rue, ce spectacle muet où chaque spectateur reçoit une histoire différente au casque. Dans les deux cas, le son individualise l'expérience collective. Dans Bad Block, il la met aussi entre vos mains.

Pour les passionnés de bidouille sonore, de prototypage et d'objets connectés, l'objet block en lui-même mérite l'examen : haut-parleur miniature, batterie, électronique embarquée, réception radio, capteurs de mouvement et système de pilotage centralisé. La compagnie remercie d'ailleurs Christof Ressi, de l'Institute of Electronic Music de Graz, pour son apport technique. C'est un bel exemple de ce que peut produire la rencontre entre recherche universitaire, lutherie électronique et écriture scénique.

Où voir Bad Block

Le spectacle tourne en France depuis sa création. La compagnie La Boîte à sel, conventionnée par la DRAC Nouvelle-Aquitaine et soutenue par la Région, la Ville de Bordeaux et le Département de la Gironde, est coproduite par un réseau dense de scènes nationales, centres nationaux de la marionnette et structures conventionnées. Les dates circulent sur le site de la compagnie ainsi que dans les programmations des théâtres partenaires.

Et vous, accepteriez-vous de tenir un haut-parleur autonome dans votre main pendant 1h30, sans savoir à quel moment il déciderait de parler, de chanter ou de se taire ?

Source(s) : Cie-laboiteasel.com

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- Joseph SARDIN - Fondateur et Sonothécaire de BigSoundBank.com et LaSonotheque.org - Contact