Briser un virus comme du pop-corn par les ultrasons
Publié par Joseph SARDIN, le
Résumé
- Une équipe brésilienne inactive le SARS-CoV-2 et le virus H1N1 par ultrasons.
- Le mécanisme repose sur une résonance acoustique géométrique, pas sur la cavitation.
- Les fréquences employées vont de 3 à 20 MHz, comme en imagerie médicale.
- L'enveloppe virale se déforme puis éclate, sans dégât pour les cellules humaines.
- Étude publiée dans Scientific Reports en février 2026, encore au stade in vitro.
L'image circule beaucoup ces derniers jours : un virus que l'on ferait éclater comme un verre de cristal sous la voix d'un chanteur d'opéra. La métaphore est belle, mais elle ne dit pas tout. Derrière cette idée vulgarisée se cache une étude bien réelle, publiée en février 2026 dans la revue Scientific Reports par une équipe brésilienne de l'Université de São Paulo. Et ce qu'elle décrit est, à mes yeux, encore plus intéressant que l'histoire du verre brisé : le son fait éclater le virus comme un grain de maïs se transforme en pop-corn.
Une équipe, deux virus, une plage de fréquences
Les chercheurs, coordonnés par Odemir Martinez Bruno à l'Institut de physique de São Carlos et Flávio Protásio Veras à l'Université fédérale d'Alfenas, ont exposé in vitro deux virus enveloppés à des ondes ultrasonores comprises entre 3 et 20 MHz. Cette plage est très précisément celle qu'utilisent les appareils d'échographie médicale. Les cibles : plusieurs souches du SARS-CoV-2 (Wuhan, Gamma, Delta) et le virus de la grippe A H1N1. Après exposition, les particules virales présentent des fragmentations, des ruptures d'enveloppe et une perte d'uniformité morphologique. Traduction concrète : le virus n'arrive plus à infecter les cellules de laboratoire utilisées comme cobayes.
Résonance, pas cavitation
Il faut bien distinguer ce phénomène d'un autre, déjà connu : la cavitation. Cette dernière, qui opère à des fréquences plus basses (en kilohertz), forme des micro-bulles qui s'effondrent violemment et détruisent indistinctement virus, bactéries et tissus. C'est exactement le mécanisme utilisé par l'histotripsie, cette chirurgie sans incision par ultrasons dont j'ai parlé l'été dernier. Ici, c'est différent : les fréquences sont bien plus élevées, l'énergie est absorbée par la structure même du virus, et la température comme le pH du milieu restent inchangés. On parle de résonance acoustique, comparable au phénomène qui ferait vibrer la structure d'un objet jusqu'à sa rupture mécanique.
Une affaire de géométrie
Le point le plus surprenant de l'étude tient en un mot : la forme. La longueur d'onde des ultrasons employés est bien plus grande que la taille d'un virus (quelques dizaines de nanomètres). En théorie classique, l'interaction devrait donc être quasi nulle. Pourtant elle a lieu, et les auteurs l'attribuent à la géométrie sphérique des virus enveloppés. Cette forme particulière agirait comme un piège qui concentre l'énergie acoustique à l'intérieur de la particule jusqu'à faire céder l'enveloppe. C'est l'origine de l'image du pop-corn employée par les chercheurs : un grain de maïs sphérique qui éclate sous l'effet d'une accumulation interne. Étrangement, cela m'a rappelé les clics ultrasonores des plantes en situation de stress, eux aussi décrits comme évoquant le bruit du pop-corn.
Pourquoi les cellules humaines ne souffrent pas
Si la méthode marchait sur les virus mais détruisait nos cellules au passage, elle n'aurait aucun avenir thérapeutique. Or les cellules humaines sont bien plus grandes, souples et hétérogènes que les virus. Elles n'entrent pas en résonance dans cette plage de fréquences. Seules les particules virales, sphériques et rigides à cette échelle, absorbent l'énergie acoustique de manière critique. Cette sélectivité ouvre une perspective rare en médecine : un traitement physique, non chimique, qui ne peut pas générer de résistance virale, puisqu'aucune mutation génétique ne change la géométrie globale d'un virus enveloppé. On ne mute pas pour échapper à la physique.
Ne nous emballons pas trop vite
L'étude a été conduite uniquement in vitro, c'est-à-dire sur des suspensions virales en éprouvette, pas dans un organisme vivant. Le chemin vers un usage clinique sera long et l'on est très loin du « casque qui guérit la grippe » que certains imaginent déjà. L'équipe brésilienne poursuit toutefois les tests sur d'autres virus enveloppés (dengue, Zika, chikungunya) et explore l'idée de dispositifs de filtration ou d'inactivation localisée. Cela ne ressemble pas à une révolution immédiate, mais à une voie de recherche solide, soutenue par une seconde publication théorique dans le Brazilian Journal of Physics. Les ultrasons, qui investissent déjà les textiles intelligents ou la chirurgie, gagnent ainsi un nouveau territoire : la virologie. Et vous, le son comme thérapie antivirale, vous y croyez ou vous voyez surtout un beau titre de presse ?
Source(s) : Nature.com
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