Au Japon, les collisions entre trains et cerfs sont de plus en plus fréquentes, causant des retards, des dégâts matériels et mettant en péril la sécurité des passagers comme celle des animaux. L’une des causes identifiées est aussi surprenante que spécifique : attirés par la teneur élevée en fer des rails en acier, les cerfs viennent les lécher pour combler leurs besoins en minéraux. Face à ce comportement inattendu, les ingénieurs du Railway Technical Research Institute (RTRI) ont conçu un système sonore innovant, pensé pour repousser les animaux sans leur nuire.
Le principe : alerter puis faire fuir
Les cerfs émettent naturellement un grognement (ou snort) pour avertir leurs congénères d’un danger imminent. Sur cette base, les chercheurs du RTRI ont conçu un enregistrement sonore combinant :
- un grognement de cerf, d’environ 3 secondes ;
- suivi de 20 secondes d’aboiements de chien, un prédateur redouté par les cervidés.
L’objectif est double : attirer l’attention des cerfs (alerte), puis les inciter à fuir (dissuasion).
Test sur le terrain : dispositif embarqué et résultats
Les essais ont été réalisés en hiver, notamment la nuit, période à laquelle les cerfs sont fréquemment observés près des voies.
Les tests comparatifs ont porté sur deux configurations :
- sans diffusion sonore : 90 observations de cerfs sur 660 km de parcours (soit environ 13,5 observations par 100 km) ;
- avec diffusion sonore : 82 observations sur 1 100 km (soit environ 7,4 observations par 100 km).
Ces données révèlent une diminution d’environ 45 % des observations de cerfs dans les zones testées avec ce dispositif sonore.
Pourquoi cette approche fonctionne
Deux éléments de comportement animal sont ici exploités :
- le grognement déclenche un réflexe d’alerte chez les cerfs ;
- les aboiements, perçus comme une menace directe, provoquent la fuite.
L’usage de sons naturels, plutôt que de signaux artificiels comme des sirènes, permet d’éviter l’habituation des animaux et de préserver l’efficacité du système sur le long terme.
Contexte et mise en application
Auparavant, plusieurs méthodes avaient été tentées (clôtures, répulsifs ultrasonores, réduction de vitesse), mais elles s’étaient révélées insuffisantes face à la croissance des populations de cerfs.
Ce dispositif sonore doit être activé uniquement à l’approche du train afin d’éviter que la faune ne s’y habitue en raison d’une exposition trop fréquente.
Selon le World Economic Forum (2018), sa mise en œuvre pratique était envisagée dès le début de l’année 2019.
Conclusion
Cette innovation développée par le RTRI, testée en conditions réelles, démontre une efficacité notable avec une réduction de 45 % des observations de cerfs sur les voies ferrées. Ce n’est donc ni un gadget ni une rumeur, mais une technologie crédible et prometteuse pour améliorer la sécurité ferroviaire tout en respectant la faune sauvage.
Une telle initiative suscite votre curiosité ? Pensez-vous que d'autres animaux pourraient bénéficier d'une mesure similaire, ou faudrait-il adapter l’approche selon la faune locale ?