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Le Blog

Radar antibruit de Bron : démonté sans un flash

Publié par Joseph SARDIN, le

Résumé

  • Suite de l'article publié en octobre 2024 sur les radars sonores
  • Radar installé à Bron en mars 2022, avenue Camille-Rousset
  • Près de 8 000 véhicules par jour, seuil de 85 dB franchi tous les deux jours
  • Démontage acté sans verbalisation, faute d'homologation finalisée
  • Homologation du LNE attendue en 2026 pour relancer le dispositif

On en avait déjà parlé ici, en octobre 2024, dans un article consacré aux radars sonores et à la lutte contre la pollution acoustique. À l'époque, la technologie semblait bien lancée : expérimentations en cours dans sept communes françaises, prototype Hydre de Bruitparif primé, amendes annoncées pour bientôt, New York déjà passé à l'acte. Un an et demi plus tard, le feuilleton connaît un rebondissement moins glorieux : le radar antibruit de Bron, commune de la banlieue lyonnaise, a été démonté sans avoir jamais rédigé la moindre contravention.

Un prototype, des oreilles, et beaucoup d'attente

Petit rappel pour celles et ceux qui découvrent le dossier. Le radar testé à Bron n'est pas un simple sonomètre posé sur un trottoir. Il s'agit d'un dispositif Hydre, conçu par l'association Bruitparif à partir de sa technologie brevetée Méduse. Le boîtier embarque deux modules acoustiques composés chacun de quatre microphones, capables de calculer vingt-cinq fois par seconde le niveau de bruit et l'angle de provenance du son. S'y ajoutent une caméra grand-angle pour photographier la scène et deux caméras dédiées à la lecture automatique des plaques d'immatriculation. Autrement dit, l'appareil ne se contente pas d'entendre : il localise la source sonore, la suit dans la scène, et l'associe à un véhicule précis, même au milieu du trafic.

Installé en mars 2022 à l'angle de l'avenue Camille-Rousset et de la rue Ampère, l'appareil a d'abord servi à mesurer la circulation et les nuisances sonores. Pendant la phase d'observation, près de 8 000 véhicules par jour ont été comptabilisés, avec un dépassement du seuil de 85 décibels environ tous les deux jours, principalement imputable aux deux-roues motorisés. Des chiffres modestes en apparence, mais qui disent beaucoup sur la physionomie du bruit routier urbain : ce ne sont pas les masses de véhicules qui saturent l'espace sonore, ce sont quelques engins bien particuliers qui percent au-dessus du flot.

Un cadre réglementaire qui n'a pas suivi

Le problème n'est pas venu du radar lui-même. Il est venu, comme souvent, du paysage administratif. Pour que le dispositif passe de l'observation à la verbalisation, deux étapes nationales étaient nécessaires : une homologation par le Laboratoire national de métrologie et d'essais, le LNE, et une validation par la Commission nationale de l'informatique et des libertés. Sans ces deux feux verts, pas de sanction possible. La phase de verbalisation, espérée pour 2023 puis annoncée pour l'été 2025, a été reportée plusieurs fois. Faute de cadre réglementaire finalisé à temps, la municipalité a fini par décrocher l'appareil. Elle assure toutefois se tenir prête à le réinstaller dès que la législation permettra d'activer les amendes.

Ce calendrier glissant éclaire un paradoxe de l'innovation acoustique : mesurer un son excessif est devenu techniquement trivial, mais le qualifier juridiquement comme une infraction reproductible, contestable devant un juge, certifiée métrologiquement, reste une tout autre affaire. Il faut prouver que l'appareil mesure juste, dans toutes les conditions de pluie, de vent, de trafic, et que le résultat sera le même dans dix ans qu'aujourd'hui. C'est précisément ce à quoi s'attelle le LNE, et ce qui prend le temps que l'on sait.

Bron n'est pas seul sur le dossier

L'expérimentation nationale, prévue par l'article 92 de la loi d'orientation des mobilités de 2019, concerne sept communes pilotes : Saint-Lambert-des-Bois en vallée de Chevreuse, Nice, Paris, Rueil-Malmaison, Toulouse, Villeneuve-le-Roi et donc Bron. Des essais comparables sont menés en parallèle à Berlin, Bruxelles, Barcelone, Genève et Bâle. Le seuil de déclenchement n'est pas encore fixé par arrêté ministériel, mais les discussions tournent autour de 83 à 85 dB(A) mesurés à une distance de référence de 7,6 mètres, cohérente avec les conditions d'homologation sonore des véhicules. En cas de dépassement, la contravention envisagée est de quatrième classe : 135 euros, sans retrait de points.

Pour les automobilistes lambda, l'affaire ne devrait pas changer grand-chose au quotidien. La quasi-totalité des voitures homologuées émet autour de 78 à 80 dB(A), bien en dessous du seuil prévu. Ce sont les véhicules modifiés, les pots d'échappement trafiqués, les deux-roues poussés en surrégime qui sont visés. Des sources ponctuelles, mais dont l'empreinte sur un tissu urbain peut être considérable : un seul passage tonitruant suffit à réveiller un quartier entier à 3 heures du matin.

Ce que raconte, au fond, cette histoire

Je suis toujours fasciné par ces moments où une technologie acoustique arrive à maturité technique bien avant que la société ne sache quoi en faire. Le capteur Méduse a été récompensé aux Décibels d'Or dès 2019, Hydre l'a été en 2024 : l'outil existe, il fonctionne, il a été éprouvé pendant des années sur le terrain. Et pourtant, à Bron, il est reparti comme il était venu, sans avoir rempli sa mission première. Le radar antibruit raconte une tension que je retrouve souvent dans le domaine de l'écologie sonore : celle entre la précision de ce qu'on sait mesurer, et la lenteur de ce qu'on accepte collectivement de réguler.

L'horizon reste néanmoins ouvert. L'homologation par le LNE est attendue en 2026, et plusieurs sites pilotes devraient alors pouvoir passer à la phase de sanction effective. D'ici là, les avenues trop bruyantes continueront à vivre au rythme de leurs riverains, de leurs motards, et de leurs microphones en veille.

Un an et demi après mon premier article sur le sujet, diriez-vous que ces radars sonores finiront par s'imposer dans le paysage urbain, ou bien resteront-ils une idée séduisante que l'administration n'aura jamais vraiment laissée vivre ?

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- Joseph SARDIN - Fondateur et Sonothécaire de BigSoundBank.com et LaSonotheque.org - Contact