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Le sonore, 43 milliards d'€ : la France s’écoute

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Résumé

  • 43,2 Md€ d’activité en 2024 pour les industries du sonore
  • +15 % de croissance en cinq ans, 141 000 emplois équivalents temps plein
  • Création sonore : 2,6 Md€ en 2024, +58,7 % vs 2019
  • Le streaming dope la musique enregistrée (+75 % en cinq ans)
  • Le livre audio explose (+164 % sur la période)

Une bobine qui tourne, un pays qui compte

À Bry-sur-Marne, dans une salle de travail où la lumière semble toujours un peu plus douce qu’ailleurs, une bobine magnétique se remet à vivre. Un ingénieur du son écoute d’abord le souffle, puis le signal, puis l’histoire. On imagine un geste précis : régler le niveau, traquer la saturation, sauver un timbre. Et pendant que la bande défile, une autre réalité défile aussi : celle d’un secteur entier que l’on entend partout, mais que l’on chiffre rarement.

Or, à l’approche de la 23e Semaine du Son de l’UNESCO (du 19 janvier au 1er février 2026), une mise à jour de l’étude menée par le cabinet Asterès remet le « sonore » au centre du tableau. En 2024, l’ensemble des industries du sonore en France représente 43,2 milliards d’euros d’activité, en hausse de 15 % en cinq ans, et environ 141 000 emplois équivalents temps plein. Et ce « sonore » est plus large qu’on ne le croit : il va de l’audiovisuel aux appareils auditifs, des instruments de musique aux télécoms, en passant par l’acoustique et la création.

Le streaming, ce moteur silencieux

Dans les studios, on l’a senti avant de le lire : les usages se sont dématérialisés, les catalogues se sont allongés, et l’écoute est devenue un réflexe permanent. L’étude souligne un point très concret : l’explosion du streaming a fait progresser la musique enregistrée de 75 % sur cinq ans. Derrière ce pourcentage, il y a des heures de mastering, des stems à livrer dans les bons formats, des métadonnées à renseigner, des versions à décliner. Un travail parfois invisible, mais désormais structurel.

Cette accélération n’est pas seulement technologique. Elle change la manière dont on fabrique le son : cycles de production plus courts, exigences de cohérence sur des milliers de titres, pression sur la qualité perçue dès les premières secondes. Le streaming, c’est une salle de concert dans la poche, mais c’est aussi un immense laboratoire de standards.

Création sonore : 2,6 milliards, et une vraie poussée

Pour les métiers qui sculptent la matière sonore, un chiffre attire l’oreille : la « création sonore » (radio, musique enregistrée, livres audio) génère 2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Surtout, cela représente une hausse de 58,7 % par rapport à 2019. Ce n’est plus un frémissement : c’est une dynamique. On y retrouve la force du streaming, mais aussi une demande continue de contenus audio, plus fréquents, plus variés, plus ciblés.

Et puis il y a ce voisin devenu incontournable : le livre audio. Là où l’image partage la valeur avec le son, le livre audio ne triche pas : tout repose sur la voix, la direction artistique, le montage, l’ambiance, le rythme. Sur cinq ans, sa progression est spectaculaire (+164 % sur la période). Même à l’échelle d’une économie de 43,2 Md€, ce signal est fort : quand la narration bascule en audio, ce sont des chaînes entières de compétences qui s’activent.

Ce que les chiffres ne disent pas, mais que l’on entend

Un tableau macroéconomique ne décrit pas le frisson d’une prise de voix réussie, ni l’instant où un bruitage « colle » enfin à l’image. Pourtant, les chiffres ont une vertu : ils donnent du poids à ce que les professionnels racontent depuis des années. Si le sonore pèse 141 000 emplois, cela veut dire des ingénieurs du son, des monteurs, des mixeurs, des sound designers, des régisseurs, des acousticiens, des spécialistes de l’audition, des équipes télécoms, des fabricants, des formateurs. Un écosystème, au sens plein.

La Semaine du Son de l’UNESCO, placée en 2026 sous le thème « Son et innovations », met justement en scène cette diversité. Conférences, rencontres, et même un « week-end des orchestres » (24 et 25 janvier) : l’événement rappelle que le son n’est pas qu’un marché, c’est aussi une culture de l’écoute. Et dans une époque saturée de signaux, la qualité sonore devient un marqueur de respect : pour le public, pour les artistes, pour la santé auditive.

Et maintenant : investir dans l’écoute

Que faire de ces 43,2 milliards ? D’abord, ne pas les réduire à une célébration. Un secteur qui grandit a besoin de compétences, de conditions de travail soutenables, de temps pour bien faire. Le risque, sinon, est de produire plus… en écoutant moins. À l’inverse, l’opportunité est nette : former aux nouveaux workflows, mieux valoriser l’expertise audio, renforcer les passerelles entre culture, tech et santé.

Au fond, le message est simple : la France n’a pas seulement une économie qui s’entend. Elle a une économie qui dépend de notre capacité collective à mieux écouter. Et si la prochaine innovation n’était pas un gadget de plus, mais un nouveau réflexe : remettre l’oreille au centre des décisions ?

Dans votre quotidien, quel son (ou quel silence) vous donne l’impression que l’on prend enfin l’écoute au sérieux ?

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- Joseph SARDIN - Fondateur et Sonothécaire de BigSoundBank.com et LaSonotheque.org - Contact