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Le larsen au cinéma me lacère les oreilles

Publié par , le

Résumé

  • Le larsen est un phénomène physique réel, mais rare en situation maîtrisée.
  • Au cinéma, il sert surtout de code pour dire "un micro s’allume".
  • Sur un mégaphone ou une radio, ce larsen est souvent impossible.
  • Des alternatives sonores existent pour rester clairs et crédibles.
  • Les monteurs peuvent jouer la narration sans sacrifier le réalisme.

Le larsen de cinéma, ce tic qui pique les oreilles

Vous voyez la scène. Un personnage s’avance vers un pupitre, tapote le micro, respire, ouvre la bouche… et là, inévitablement, un long « iiiiiiiiiii » vient lacérer le tympan de tout le monde. La salle sursaute, le héros grimace, et le spectateur se dit une fois de plus : vraiment, encore ce larsen ?

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Ce réflexe de montage est tellement omniprésent qu’il semble obligatoire dès qu’un micro apparaît à l’image. Peu importe le contexte, le matériel ou la vraisemblance technique : si un comédien doit prendre la parole dans un micro, le larsen est presque devenu un personnage secondaire.

Ce que dit vraiment la physique du larsen

Le larsen, ou effet Larsen, est pourtant un phénomène très précis. Il survient lorsqu’un système audio crée une boucle : le son sort d’un haut-parleur, rentre dans un micro, est réamplifié, ressort dans le haut-parleur, et ainsi de suite jusqu’à produire ce fameux hurlement continu. Il faut pour cela suffisamment de gain, une certaine disposition entre micro et enceinte, et un environnement qui favorise cette boucle acoustique. 

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La distance entre micro et haut-parleur, l’orientation de chacun, la directivité du matériel, l’acoustique de la pièce et la manière dont on a réglé les niveaux jouent un rôle énorme. Dans un système son bien configuré, on fait justement tout pour repousser ce point de rupture et éviter le larsen, quitte à égaliser, repositionner ou baisser un peu le volume.

Autrement dit : dans la vraie vie, un micro qui s’allume ne produit pas automatiquement un larsen. Heureusement pour nos oreilles… et pour les ingénieurs du son, dont le métier consiste précisément à empêcher que cela arrive.

Pourquoi les monteurs son l’adorent quand même

Alors pourquoi le cinéma insiste-t-il autant ? Parce que le larsen est devenu un code narratif ultra lisible. En une fraction de seconde, il dit plusieurs choses à la fois : « un micro vient d’être ouvert », « la situation est un peu gênante ». Pas besoin d’explications, tout le monde comprend.

Des analyses de tropes de cinéma décrivent ce larsen comme un effet « démonstratif » : un son exagéré qui sert moins à reproduire la réalité qu’à la signaler au spectateur. Le même principe que la sonnerie de téléphone surgie de nulle part ou le fameux « Wilhelm scream » : on sacrifie la crédibilité au profit d’un signe immédiat, presque caricatural.

Du point de vue du montage, c’est tentant. Vous avez un plan de foule, un discours important, une ambiance un peu molle ? Un bon coup de larsen et tout le monde se retourne. Efficace, oui. Mais rarement crédible. Du moins, il déprécie immédiatement autant le travail de l'ingénieur du son de la scène que du monteur qui à fait ce choix ridicule.

Mégaphones, radios et autres cas où le larsen est absurde

C’est là que l’habitude devient franchement ridicule. Pensez au mégaphone classique : souvent, le micro est intégré au pavillon ou relié par un câble à l’arrière, orienté vers l’utilisateur tandis que le haut-parleur projette le son vers l’avant. Le fabricant a tout intérêt à minimiser les risques de larsen, en jouant sur la directivité du pavillon, le placement du micro et la puissance limitée de l’ampli.

Pour qu’un mégaphone se mette à hurler en larsen, il faut généralement des conditions extrêmes : micro vraiment proche de la bouche du haut-parleur, volume poussé au maximum, réflexions fortes sur des surfaces dures, ou un deuxième système son à proximité. Dans la plupart des usages normaux, il ne se passe… rien. Juste une voix forte et un peu nasillarde.

Encore plus absurde : la fameuse scène de radio. Un animateur parle devant un micro de studio, casque sur les oreilles, la voix part vers les auditeurs, pas vers une enceinte posée juste à côté de lui. Il n’y a tout simplement pas de boucle micro / haut-parleur dans la pièce. Et pourtant, on entend parfois un larsen très « sonorisation de salle », comme si une enceinte invisible venait de se mettre à hurler dans le studio.

Même chose pour un petit micro de talkie-walkie ou un micro de cabine non amplifié. Si aucun haut-parleur n’est orienté vers le micro, et que le système n’est pas réglé au bord de la catastrophe, le larsen n’a pas de raison d’exister. Le cinéma l’invente pour nous faire croire qu’il y a « du son », quitte à violer les lois les plus basiques de l’acoustique.

Raconter la même chose… sans trahir le son

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut raconter exactement la même chose sans abuser de ce hurlement irréaliste. Pour signaler qu’un micro s’allume, un simple pop de commutateur, un léger souffle qui apparaît, un changement de perspective ou le bruit de fond de la salle qui se colle à la voix suffisent largement.

Pour traduire la maladresse d’un orateur, on peut faire claquer la main qui tape sur la capsule, laisser le micro frotter contre le pied, jouer sur un petit accro de volume ou une compression qui pompe. Sur une radio, un court souffle HF, un clic de console, un jingle mal calé sont infiniment plus cohérents qu’un faux larsen de salle municipale.

Quant au mégaphone, il offre un terrain de jeu génial : souffle bruyant de l’ampli bon marché, saturation des transitoires, distorsion du pavillon, écho de la voix sur les façades d’immeubles… Tout cela raconte bien mieux l’espace, le matériel, la situation, qu’un cri artificiel copié-collé de banque de sons.

Et si on lâchait enfin ce vieux réflexe sonore ?

De plus en plus de sound designers critiquent ces tics sonores hérités d’une autre époque, qui finissent par sonner paresseux. Le public a gagné en culture audio, les systèmes son réels sont mieux maîtrisés, et nos oreilles savent très bien qu’une conférence moderne ne commence pas systématiquement dans un hurlement de larsen.

Continuer à coller du larsen sur chaque micro, c’est un peu comme ajouter le bruit de freinage d’un crissement de pneus sur une voiture qui roule à 20 km/h : ça fait « cinéma », mais ça sonne faux. Et c’est dommage, parce que le son a justement le pouvoir de rendre un univers crédible, subtil, vivant, sans qu’on le remarque.

Alors, la prochaine fois que vous montez une scène de prise de parole, peut-être que le vrai geste moderne, ce ne sera pas de chercher le larsen le plus spectaculaire… mais d’oser le réalisme. Et vous, quel cliché sonore vous donne le plus envie de couper le son au cinéma ?

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- Joseph SARDIN - Fondateur et Sonothécaire de BigSoundBank.com et LaSonotheque.org - Contact